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Ardèche (07)

 

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Chapiteau de la tribune monastique

La cité de Cruas et son abbatiale sont situées dans la vallée du Rhône sur la rive droite du fleuve à quelques encablures au Nord de Montélimar. La première communauté religieuse s’installe au début du IXe siècle au bord de la voie romaine dénommée « Antonin-le-Pieux » parallèle au Rhône pour y fonder le monastère de Cruas. Cet axe correspond aujourd’hui à la Route Nationale 86 qui traverse Cruas du Nord au Sud.

Le site de Cruas est intéressant à plus d’un titre. Il a fait l’objet de deux campagnes de recherches archéologiques en 1972 et 1983 qui ont permis de mieux comprendre l’histoire du lieu et de faire une lecture architecturale du bâtiment actuel à travers les âges. Les dernières fouilles ont été dirigées par Joëlle Tardieu de 1983 à 1988.

Plusieurs édifices, civil et religieux, se sont succédés sur ce site à commencer par une villa gallo-romaine au IIIe siècle après J.C., un temple paléochrétien au Ve siècle, puis trois édifices religieux successifs à l’époque carolingienne.

L’édifice actuel a été commencé dans la seconde moitié du XIe siècle. Il est l’unique vestige d’un ensemble architectural constituant l’abbaye bénédictine de Cruas.

La particularité de l'abbatiale de Cruas réside incontestablement dans sa tribune monastique, élément architectural rare puisque, dans toute l’architecture religieuse romane en France, deux exemplaires seulement subsistent, la tribune en pierre calcaire de Cruas et celle en marbre rose de Serrabonne (Pyrénées Orientales).

 

L’église abbatiale est de plan cruciforme avec un transept saillant. Elle comporte trois nefs (nef centrale et deux collatéraux) qui se développent sur cinq travées. Elle a été édifiée d’est en ouest, à partir du milieu du XIe siècle, en quatre campagnes jusqu’au milieu du XIIe.

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Tribune monastique

 

Visite extérieure :
Le chevet est composé d’une abside et de deux absidioles semi-circulaires échelonnées s’ouvrant directement sur le transept. Elles sont ornées d’un décor classique mais néanmoins admirable de bandes lombardes – lésènes et arcs géminés – surmontées d’une frise en dents d’engrenage.

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Un lanternon cylindrique à deux étages, ajouré au niveau supérieur de quatre ouvertures géminées, repose sur la croisée du transept. L’ensemble est également orné de bandes lombardes et de cordons en dents d’engrenage. Ce décor de lésènes et d’arcatures se retrouve également sur les façades latérales de la nef. Les murs gouttereaux sont coiffés de modillons représentant des personnages et des animaux.

La travée occidentale est surmontée d’un clocher carré de taille imposante ajouré à l’étage supérieur de quatre baies géminées à colonnette centrale. Les ouvertures en plein cintre sont soulignées par un bandeau de billettes qui court sur les quatre faces du clocher.

 

L’intérieur de l’édifice :

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L’abbatiale se compose d’une église basse, d’une église haute formée par le prolongement du chœur du sanctuaire par le truchement d’une tribune monastique et d’une crypte semi enterrée.

L’élévation de la nef est à trois étages. Les hautes arcades qui séparent la nef des collatéraux sont surmontées d’un étage aveugle. Le niveau supérieur à claires-voies apporte un éclairage direct à la nef. A noter que les ouvertures sont situées du côté sud alors que le côté nord est fermé en raison du mistral. La nef est couronnée d’une voûte en plein cintre avec doubleaux, quant aux bas-côtés, ils sont couverts d’une voûte d’arêtes.

 

Le parti pris de la restauration du bâtiment (1989-90) est controversé. L’architecte en chef des Monuments historiques a choisi un traitement contemporain utilisant le verre et le métal pour recréer les circulations intérieures (escaliers et passerelles en caillebotis, balustrades en verre, …) qui va à l’encontre d’une reconstitution à l’identique. L’impression générale ne nous a pas heurté outre mesure. Le choix des matériaux donne une grande transparence à l’ensemble et permet une bonne lisibilité des espaces et des articulations entre les volumes.

 

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La tribune monastique :

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Tribune monastique et église haute

La tribune de Cruas présente un intérêt majeur pour les amateurs d’art roman. C’est en effet l’unique exemple de tribune monastique qui nous est parvenue dans son intégralité à son emplacement originel et dans un état de conservation exceptionnel. Cet élément architectural a été édifié dans le troisième quart du XIIe siècle. Pour la préserver des sévères inondations à répétition du Crûle, les moines élevèrent tout autour de la structure des murs de protection. Ces crues successives finirent par avoir raison de la communauté monastique qui abandonna l’abbatiale pour s’installer dans le château des moines surplombant le bourg. En quatre siècles, l’apport massif d’alluvions avait surélevé le niveau de l’église basse de 3,30 mètres. Par conséquent, lors de l’entame des fouilles archéologiques de 1972, l’église avait un seul niveau.

 

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Colonnes monolithiques de la tribune

La tribune est dégagée de sa gangue de boue et de limons en 1983. Elle n’aura pas à subir d’interventions lourdes de restauration. Un léger toilettage (nettoyage à l’éponge) aura suffi à redonner à cette pièce rare tout son brillant.

La vocation de la tribune était d’une part, de prolonger le chœur de l’église haute réservée aux moines et d’autre part, de séparer le monde des clercs de celui des laïcs conformément aux exigences de la réforme grégorienne. L’assemblée des fidèles  prenait place dans l’église basse. La tribune occupe les deux dernières travées orientales de la nef centrale et s’appuie contre le mur de la crypte. Un alignement de cinq élégantes colonnes monolithiques sépare l’espace en son milieu, en deux volumes parallèles de quatre travées chacun. 

 

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Les travées de plan carré sont voûtées d’ogives nervurées de section torique (comme à Serrabonne). Les clefs de voûte sont sculptées, avec finesse et dextérité, de motifs inspirés soit de l’art carolingien comme les motifs géométriques noués d’entrelacs, soit antique (rosaces, palmettes) ou encore roman comme un lion se mordant la queue. Les treize chapiteaux de la tribune sont travaillés au ciseau et traités selon la technique du biseau avec une grande maîtrise. Ils sont, en majorité, ornés de palmettes et de feuilles découpées qui prennent naissance dans l’astragale. Quelques-uns présentent un décor animalier travaillé en méplat, comme ces lions dos à dos se mordant la queue et ce lion d’une beauté saisissante.

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A noter encore les deux oiseaux buvant dans un calice représentés sur la corbeille d’un chapiteau du fond de la tribune. Enfin, l’unique chapiteau à décor figuratif représente le visage d’un homme barbu avec l’inscription suivante sur le tailloir : FRATER BEOTIDUS. Une hypothèse veut que ce frère convers soit l’auteur des sculptures de la tribune. Cette signature énigmatique n’a pas encore livrée tous ses secrets. Les chapiteaux étant placés à hauteur d’homme, il est aisé d’observer les fines stries parallèles laissées à la surface de la pierre par le ciseau du sculpteur comme si ces œuvres venaient d’être fraîchement réalisées.

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La crypte :

La crypte semi-souterraine de Cruas s’étend sous la totalité du transept. Sa vocation était de permettre aux fidèles et aux pèlerins de vénérer les reliques de St Torquat  et de St Josserand. Située en léger contrebas de l’église basse, on y accède, aujourd’hui, par l’extrémité orientale des bas-côtés. Elle est de type crypte-halle divisée en deux vaisseaux transversaux et se termine dans sa partie la plus orientale par trois absides semi-circulaires. Les voûtes d’arêtes reposent sur des colonnes monolithiques et piles rectangulaires décorés de chapiteaux de forme cubique travaillés dans un style primitif. 

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Le sujet est traité en méplat ou par évidement de la corbeille pour faire ressortir le motif. Les détails du sujet sont réalisés par de simples incisions dans la pierre (ex : aile du coq).

Les thèmes représentés sont riches et multiples, tantôt empruntés au répertoire antique : volutes, rosettes, feuilles d’acanthe stylisées, tantôt à l’art païen : rouelles, figures géométriques et un bestiaire naïf représentant des animaux domestiques : coq, âne, chien… Un seul chapiteau accueille une représentation humaine, celle d’un orant stylisé.

 

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