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Aveyron (12)

 

Ce coup de cœur pour l’abbatiale de Conques et, en particulier pour son tympan fantastique est lié au chemin de St Jacques de Compostelle.

18 h30 ; le soleil bas sur l’horizon éclabousse la façade occidentale de l’église. Un attroupement de badauds observe inlassablement les scènes fabuleuses qui s'offrent à leurs yeux, éblouis par l’imaginaire de l’artiste. Difficile de détacher son regard de cette oeuvre, digne d’un tableau de Jérôme Bosch, représentant le Jugement Dernier.

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Chacun scrute, sonde, recherche le détail le plus insolite, sous le regard malicieux du curieux que le maître, ultime clin d’œil, a pris soin de faire naître dans l’extrados de l’archivolte. Un coup de génie. La composition du tympan est limpide. Il est subdivisé en trois registres de hauteur inégale. Les deux plus importants, les parties inférieure (linteau) et médiane, présentent des séquences du Paradis et de l'Enfer. 
Le registre supérieur de taille plus modeste représente la voûte céleste : deux anges portant la croix arborent les attributs de la Passion, le clou et la lance. La présence du soleil et de la lune rappelle qu'une éclipse se produisit au moment de la mort de Jésus sur la croix.

 

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Au centre de la composition, la nuée s'est déchirée pour laisser apparaître le Christ en majesté, assis sur un trône, entouré d'une mandorle, d'anges et d'étoiles. Roi et juge, il désigne de sa main droite levée vers les hauteurs, le cortège des Elus. Son bras gauche baissé montre implacablement le peuple des damnés. A sa droite, les élus conduits par Marie, les mains jointes, comptent dans leurs rangs des personnages identifiables grâce à leurs vêtements et à leurs attributs : St Pierre représenté avec les clés du royaume, l'empereur Charlemagne avec sa couronne et son sceptre fleuri, un abbé avec sa crosse et son étole. De l'autre côté, au-delà d'un quatuor d'anges, on pénètre dans l'univers de la déchéance et de la perversion. Sur le bouclier porté par l'un des anges, il est inscrit : "Les anges paraîtront pour séparer les méchants d'avec les bons"

 

Cette opération est représentée au registre inférieur où, d'un côté les élus sont accueillis par des anges et conduits délicatement par la main à la porte de la Jérusalem céleste, alors qu'en face, un monstre hideux, suppôt de Satan, jette les damnés dans la gueule béante du Léviathan. Au-dessus, le maître a placé la scène de la pesée des âmes. L'archange St Michel a fort à faire dans ce face-à-face poignant avec un démon très vicieux qui, tout en fixant l'archange dans les yeux, essaie de tricher en posant, en vain, l'index de la main gauche sur le plateau de la balance.

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A gauche, la Jérusalem céleste, évocation apocalyptique du Paradis abrite des personnages assis deux par deux sous des arcatures surmontées de tours crénelées et de croix. Au centre, trône Abraham, le père des peuples, entourant de ses bras deux élus auréolés. Ici règne l'ordre, la plénitude et la sérénité. A l'opposé, dans la partie droite du registre, Satan règne sans vergogne au milieu de la violence, de la souffrance et du chaos. Le prince des ténèbres, le cheveu hirsute, l'oeil exorbité, le pied griffu, la bouche déformée par un rictus inquiétant, est entouré d'une cohorte de suppliciés : l'avare pendu avec sa bourse garnie d'écus autour du cou, les amants côte à côte ligotés par la même corde, le menteur ou le médisant dévoré par les flammes alors qu'une créature répugnante lui arrache la langue avec délectation ou encore le gourmand, le ventre rebondi, plongé par un démon dans un chaudron infernal.

 

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La vocation pédagogique et moralisatrice du tympan semble évidente tant le contraste est imminemment perceptible. Et comme si l'iconographie ne suffisait pas, on peut lire la sentence suivante gravée au bas du tympan : " Ô pêcheurs, si vous ne changez pas vos moeurs, apprenez qu'un jugement redoutable vous attend".

A la tombée de la nuit, l’église résonne d’une douce mélodie. Pêle-mêle, les pèlerins, les badauds et les touristes, plongés dans l’épaisseur de la pénombre, écoutent dans un silence sépulcral le souffle de l’orgue tantôt chaud et profond, tantôt grave comme un râle. Le vitrail de l’abside est incandescent. Le moment est divin.

 

 

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